Les Grands thermes, témoins d’une histoire thermale passionnante à Châtel-Guyon

Le bâtiment

A découvrir :

– lors des visites guidées proposées par le Pays d’Art et d’Histoire les 11, 25 juillet et les 8, 22 août 2026, sur inscription au 04 73 38 99 94

– pendant les visites libres gratuites avec l’Association Patrimoine et Renouveau les dimanches 5, 12, 19, 26 juillet et les 2, 9, 16, 23, 30 août entre 16h et 19h

Un joyau architectural à redécouvrir et réinventer

Magnifique bâtiment édifié en 1908 par l’architecte Benjamin Chaussemiche, emblématique de la station de Châtel-Guyon, les Grands Thermes sont inscrits en partie à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques depuis 1990. Implanté dans le Parc thermal au cœur de la ville, l’édifice présente une façade qui
s’inspire des architectures antique et romane. Etablissement thermal de première classe pendant presque 100 ans, il est désaffecté depuis 2004 et fait l’objet aujourd’hui de visites touristiques, car il s’agit d’un des plus beaux établissements thermaux de France.

Un emblème de l’histoire fascinante du thermalisme à Châtel-Guyon

Construits à partir de 1903 sur l’emplacement des anciens Thermes Brosson, les Grands Thermes de Châtel-Guyon incarnent toute la grandeur du thermalisme du début du XXe. Monument emblématique de la station, cet édifice impressionnant a été conçu pour accueillir curistes, visiteurs et prescripteurs médicaux. Son architecture marie inspirations antiques et innovations techniques.

Zoom sur le grand hall, un espace spectaculaire

Véritable cathédrale thermale, le hall d’accueil s’élève sous une voûte en berceau à caissons, haute de 9 mètres, ornée de rosaces et de stucs crème. Le sol en mosaïque évoque un tapis d’Orient. Deux escaliers symétriques en fer à cheval, bordés de colonnes en marbre, mènent aux galeries de première et de seconde classe.

Le pavillon central, dominé par une imposante façade en pierre de Villebois, servait d’espace d’accueil. Il se distingue par son entrée à colonnes monolithiques et sa large frise en pierre sculptée ; mais également par ses matériaux nobles comme le marbre de Sienne, la pierre claire ou les faïences émaillées.

Une construction unique en son genre

Les Grands Thermes s’organisent autour d’un atrium central, conçu comme un jardin intérieur, desservi par des galeries vitrées. Cette cour intérieur a une superficie de 300 m2. Une verrière avait été installée en 1965 pour la couvrir. Le bâtiment principal se compose de quatre ailes abritant à l’origine les cabines de soins, les espaces administratifs et les circulations. L’aile droite était réservée aux hommes, la gauche aux femmes.

Retenus à la « Mission Patrimoine » de Stéphane Bern !

En avril 2026, la candidature de Châtel-Guyon pour la sauvegarde des Grands thermes a été sélectionnée au titre des projets emblématiques, avec 17 autres projets à travers la France (le seul en Auvergne-Rhône-Alpes !)

Il s’agit d’un formidable levier pour la renaissance de ce lieu exceptionnel, grâce à la visibilité apportée par la Mission Patrimoine et l’animateur-vedette Stéphane Bern, à l’appel au mécénat et à la dotation (d’un montant encore inconnu) qui sera reversée pour sa préservation.

Objectif du chantier : mettre le bâtiment totalement hors d’eau, grâce à d’important travaux de démolition du toit du patio et de réfection de la toiture.

L’histoire des cures thermales à Châtel-Guyon

Pour tout connaitre de l’histoire des sources et des thermes à Châtel-Guyon, suivez chaque semaine un nouvel épisode de la série « Retour aux sources » !

Image d’archive animée par Intelligence Artificielle

Episode 1 : Découverte des premières sources

 

Les premières sources de Châtel-Guyon ont été découvertes dans les années 1760 proche du ruisseau du Sardon. Gargouilloux et La Vernière ont été les premières recensées et l’inspecteur des Eaux, Raulin, constate leur forte teneur en sel de magnésium et leur propriété laxative. Ceci apporte un double intérêt avec des actions utiles et efficaces sur l’appareil digestif et rhumatologique.

Le premier rapport officiel sur les sources de Châtel-Guyon a été rédigé en 1771. 69 ans plus tard, en 1840, la commune de Châtel-Guyon a décidé de privatiser l’exploitation de ces sources à la seule et unique condition de construire un établissement thermal digne de ce nom.

Celui-ci doit être amélioré par rapport au premier bâti en 1817, dont l’exploitation périclite rapidement. La source La Vernière se voit attribuer son nom au premier établissement construit par Barse, un pharmacien. Parallèlement, en concurrence avec le pharmacien Barse, les frères Brosson comptent eux aussi construire leur propre établissement thermal, mais celui-ci est délaissé.

Episode 2 : Les Thermes Brosson

Le projet de construction des frères Brosson a été repris des années plus tard, en 1858, par un de leurs héritiers, Camille Brosson. Construit sur la rive Sud du Sardon, contre la pente du Mont Chalusset à l’endroit le plus large du domaine thermal, Camille Brosson édifie le premier établissement thermal digne de ce nom, en utilisant de la pierre de Volvic. L’établissement est réparti avec un rez-de-chaussée comportant huits baignoires, deux piscines, une pour les hommes et une pour les femmes, qui ont été remplacées en 1891 par des cabines de bains. L’étage était consacré aux bureaux et à l’administration.

Camille Brosson ne se contente pas d’un établissement thermal mais décide également d’aménager le parc avec des allées ombragées, une passerelle qui enjambe le ruisseau par un pont, encourage la création d’hôtels à proximité des Thermes, améliore la liaison avec Riom grâce à la mise en service de la gare datant de 1855. L’inauguration de l’établissement Brosson a lieu en 1858 et restera jusqu’en 1886 le seul établissement de bains de Châtel-Guyon.

Cet établissement thermal participe à la transformation de Châtel-Guyon en station thermale reconnue puisque à la fin du XIXe siècle, la ville attire une clientèle aisée et mondaine qui rend la station comme une concurrente des grandes villes d’eaux françaises. Le quartier thermal actuel garde encore cette mémoire avec la Place Brosson qui porte toujours le nom des exploitants historiques avec le parc thermal et les Grands Thermes qui sont implantés sur cet ancien noyau thermal.

Les Thermes Brosson disparaissent progressivement lorsque la Société des Eaux Minérales décide d’ériger un établissement beaucoup plus ambitieux. Ils sont alors remplacés par les Grands Thermes en 1904, avec l’envie d’une architecture monumentaliste inspirée de l’art roman auvergnat, avec des décors luxueux en mosaïques, marbres et faïences.

Episode 3 : Les Grands Thermes

Edifiés en 1903 sur l’emplacement des anciens Thermes Brosson, les Grands Thermes sont une œuvre de Benjamin Chaussemiche. Le but est alors de séduire une nouvelle clientèle de curistes. L’architecte décide de s’attarder longuement sur la façade principale afin d’attirer l’œil des touristes, photographes, guides touristiques et plus particulièrement des curistes.

La construction essentiellement faite à partir de pierre de Villebois, et a la forme d’un quadrilatère de 48 mètres sur 33. Chaussemiche entreprend de construire quatre grandes ailes pour ce bâtiment, disposées autour d’un atrium, un jardin extérieur à ciel ouvert de 300 m2 de superficie (la verrière qui l’a couvert ensuite a été ajoutée en 1965). La circulation se fait via différentes galeries. L’architecte s’est inspiré de l’architecture antique rappelée par les colonnes et les corniches brisées.

Le pavillon principal correspond alors à un espace d’accueil, et les ailes à des espaces de soins avec les cabines.

L’élément le plus spectaculaire mis en place par Chaussemiche est le Grand Hall avec une hauteur de 9 mètres, véritable cathédrale thermale soutenue par douze colonnes corinthiennes à fût en marbre rouge antique et couverte d’une voute en berceau à caissons ornés de rosaces.

L’inauguration des Grands Thermes a lieu 3 ans plus tard le 21 juillet 1906 sous le patronage du ministre de la Guerre, Eugène Etienne, accompagné par Oswald Durnant et Etienne Clémentel. Avec un aspect si prestigieux, il incarne véritablement un âge d’or du thermalisme auvergnat, pour des curistes qui viennent se soigner dans un milieu luxueux.

Image d’archive animée par Intelligence Artificielle

En 1990, l’édifice est inscrit à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques.

Les Grands thermes sont désaffectés depuis 2004.

La construction des Grands Thermes en photos prises par l’architecte Benjamin Chaussemiche :

Episode 4 : Les personnalités venues à Châtel-Guyon

Châtel-Guyon est longtemps une station fréquentée par de nombreuses célébrités.

En 1883, c’est Guy de Maupassant qui vient effectuer sa première cure au Splendid, hôtel de la ville. Patient du docteur Baraduc, il est venu pour soigner ses intenses douleurs gastriques, dues à une syphilis.

Il est l’un des premiers à tester le nouveau traitement lavage d’estomac, qualifié comme un véritable supplice de l’eau dû à l’utilisation d’une sonde rigide introduite jusque dans l’estomac. Néanmoins, il revient à plusieurs reprises, ce qui qualifie des bienfaits des cures et prend le temps de découvrir la région.

C’est ici qu’il fait la rencontre de Joséphine Litzermann, une donneuse d’eau de la station thermale. Trois enfants naîtront de leur liaison. Des suites de ces nombreuses visites, Maupassant publie en 1887, son roman Mont Oriol, une œuvre sarcastique qui tourne en dérision les médecins et les malades.

Joséphine Baker connu pour ses talents de chanteuse, danseuse, actrice, meneuse de revue et résistante française d’origine américaine, est venu à Châtel-Guyon avec une soif de vivre dans l’entre-deux guerres, incarnant la paix et l’indépendance des femmes.

Diner au Splendid Hôtel

C’est une époque avec une clientèle cosmopolite et fortunée. La ville accueille en 1935 un des principaux princes indiens, le Maharadja de Patiala. Des hommes d’Etat ont également été en déplacement dans la commune, tels que le Président tunisien Bourguiba ou le Président palestinien Abbas, ainsi que de nombreux militaires comme les Généraux Massu et Salan, afin de lutter contre une maladie coloniale qui déclenche de sévères colites.

Dans le domaine du cyclisme, Châtel-Guyon a accueilli le célèbre triple champion du Tour de France, Louison Bobet, qui a séjourné, au cours de sa carrière, au Splendid Hôtel dans les années 1968-1969, tout en profitant des richesses des eaux thermales châtelguyonnaises.

Entre 1963 et 1986, pendant 23 ans, la fréquentation est à son paroxysme avec la venue de nombreux curistes. On en compte alors autour de 20 000 chaque année ! Châtel-Guyon fait alors partie des toutes premières stations françaises juste derrière Vichy et Aix-les-Bains. Plus récemment, la station thermale de Châtel-Guyon a pu accueillir de grands acteurs grâce au théâtre, avec Line Renaud, Jean Rochefort, Jules Berry… mais aussi de grands chanteurs tels que Jacques Brel, Charles Aznavour ou encore Dalida, ainsi que des célébrités d’autres domaines telles qu’Adriana Karembeu, qui a pu donner son nom à un spa.

Episode 5 : Les guerres des sources

François BROCARD

Alexis BARADUC

1878 était une année importante et pleine de changements pour Châtel-Guyon. Le banquier François Brocard décide de s’associer au médecin Alexis Baraduc, inspecteur des eaux et président de la Société d’Hydrologie Médicale. Ils décident de fonder ensemble la première Société des Eaux. Leur but est simple : racheter les terrains, les sources et les établissements thermaux Brosson et Barse.

Leur motivation ne s’arrête pas là, ils découvrent une nouvelle source baptisée Gubler, du nom d’un grand patron parisien, professeur à la faculté de médecine et ardent défenseur des stations françaises. Le célèbre professeur Gubler les préconise dans les cas de plusieurs maladies (embarras gastrique, constipation, obésité, congestions cérébrales, paralysies, maladies de la peau, rhumatismes, fièvres, diabète, etc.). Par la suite, Brocard et Baraduc ont expédié l’eau nommée « Châtel-Guyon-Gubler » au niveau national et international.

L’année suivante, en 1879, l’installation de la première buvette de la source Gubler a vu le jour. S’en suit avec la distribution de la boisson bienfaisante aux curistes, par les donneuses d’eau dans le parc grâce aux quatre buvettes : Yvonne, Deval, Marguerite et Gubler IV, rebaptisée plus tard Louise.

Source Gubler IV (puis Louise)

Source Marguerite

Source Yvonne

Image d’archive animée par Intelligence Artificielle

La Société des Eaux Minérales est rapidement tombée en concurrence, et c’est à la date du 24 mai 1882 qu’est créé la Grande Compagnie Thermale des Eaux de Châtel-Guyon. Cette nouvelle société décide d’ouvrir l’établissement thermal Henry en 1883, élevé à l’extrémité ouest du Parc Thermal, d’une longueur de 70 mètres.

L’architecte a choisi un revêtement bicolore avec une alternance entre la pierre sombre de Volvic et la pierre claire d’Estaillade. Cependant, son existence a été de courte durée puisque 3 ans plus tard, en 1886, l’entreprise fait faillite et les Thermes Henry sont rachetés par François Brocard.

Image d’archive animée par Intelligence Artificielle

C’est seulement 100 ans plus tard, en 1982 que les nouveaux thermes Henry sont reconstruits dans un tout autre design.

Cette même société commercialise également de l’eau en bouteille dès 1882, vendue sous une étiquette patriotique barrée en diagonale de bleu, blanc et rouge. 2 années plus tard, en 1884, Francisque Lacroix découvre dans le sous-sol de son hôtel une source, qu’il nomme la Source Yvonne. Depuis, tous les moyens sont bons pour essayer de ruiner les détenteurs d’un jaillissement d’eau susceptible d’attirer la clientèle, une vraie guerre des sources éclate à Châtel-Guyon.

Mais en 1902, le pharmacien Gilbert Miraton découvre une source dans son établissement. L’année 1907 lui est favorable car l’Académie de médecine lui accorde l’autorisation d’exploiter son eau minérale et décide alors de commercialiser cette eau en la vendant dans des bouteilles avec en parallèle le lancement d’une gamme de produits dérivés avec des pastilles de laxatives qui font sa fortune. Il décide de continuer sur d’autres formes de publicité pour faire connaître ses spécialités en allant à l’Exposition du Centre de la France à Clermont Ferrand en 1910, où il connaît un grand succès.

Cependant, ce n’est pas la seule concurrence à laquelle fait face la Société puisque la découverte de nouvelles sources, appelées Germaine et Suzanne par Francisque Lacroix et Ravel marque la continuité de la guerre des sources. Ces dernières sont aménagées autour d’une mise en scène de l’eau afin de créer une buvette profonde pour y installer le service de gargarisme. Néanmoins des sources privées comme la source Ravel, la source Mathivat et la source Rochette garderont longtemps leur indépendance. Cette guerre des sources pourrait engendrer des désordres graves et conduire à une véritable anarchie des sources.

Episode 6 : La promotion du thermalisme

Le développement du thermalisme à Châtel-Guyon s’accompagne très tôt d’une importante politique de promotion destinée à attirer les curistes. Comme dans les grandes stations thermales françaises, la publicité devient un outil essentiel pour faire connaître les bienfaits des eaux mais aussi pour construire l’image d’une ville élégante, moderne et mondaine.

La presse constitue l’un des principaux moyens de diffusion. En 1891, le Châtel-Guyon Journal est créé pour informer les visiteurs sur la saison thermale, activités, spectacles, concerts… À partir de 1902, il est dirigé par Angleb, avant d’être repris en 1930 par Balme sous un nouveau titre : Châtel-Guyon Thermal. Ce dernier prend fin en 1966 après 75 ans d’existence.

La publicité thermale passe également par des affiches et des annonces dans la presse régionale et nationale. Dès la fin du XIXe siècle, Châtel-Guyon cherche à rivaliser avec les autres villes d’eaux d’Auvergne comme Royat ou Vichy. Les affiches mettent en avant les paysages du Puy-de-Dôme, le climat réputé sain, les promenades ombragées ainsi que l’architecture monumentale des Grands thermes. Le thermalisme n’est alors plus seulement présenté comme un traitement médical, mais comme un véritable art de vivre associant santé, détente et mondanité.

Dans les années 1920, le développement du tourisme entraîne l’apparition de nouveaux supports publicitaires. Le syndicat d’initiative édite des guides touristiques destinés aux visiteurs et aux curistes. Ces brochures présentent les établissements thermaux, les hôtels, les excursions possibles dans les environs ainsi que les distractions offertes par la station. Elles participent à la diffusion d’une image moderne et attractive de Châtel-Guyon. Parallèlement se développe tout un commerce d’objets-souvenirs illustrés aux couleurs de la station thermale. Cartes postales, boîtes de confiseries, flacons, produits médicamenteux, bibelots… reprennent les vues emblématiques des Grands thermes, du casino ou des principales avenues de la ville. Ces objets constituent des supports publicitaires diffusés bien au-delà de la station elle-même.

Publicités vidéos pour les cures de Châtel-Guyon dans les années 1900 (cliquez sur la photo pour accéder à la vidéo).
Source : INA

1986

1990

1996

1999

À travers cette importante production publicitaire, Châtel-Guyon affirme progressivement son identité de station thermale renommée. La promotion des eaux ne repose plus uniquement sur leurs propriétés médicales, mais également sur l’image d’un lieu de villégiature élégant, animé et intégré au grand mouvement touristique de la Belle Époque puis de l’entre-deux-guerres.

Sources : Archives municipales et départementales, association Patrimoine et Renouveau, livre « Châtel-Guyon Thermalisme et villégiature » de Pascal Piéra, édition Créer, 2012.